Le projet

Recenser la langue,
pas la corriger.

Collabils est une plateforme collaborative qui documente le vocabulaire de la Langue des Signes Française tel qu'il est mobilisé en contexte professionnel — interprétation, traduction, enseignement. Son pari : réunir au même endroit toutes les façons de signer un concept — régionales, générationnelles, professionnelles, émergentes — sans jamais décréter laquelle serait « la » bonne.

La langue des signes appartient à celles et ceux qui la signent. Collabils ne s'en fait ni le propriétaire ni l'arbitre : la plateforme est un miroir, pas une autorité.

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Le constat

La LSF est une langue vivante, riche et profondément diverse. Un même concept peut se signer différemment à Lille, à Marseille ou à Toulouse ; autrement entre générations ; encore autrement selon le métier ou le contexte — juridique, médical, scolaire.

À cette diversité s'ajoute une réalité propre au travail des professionnel·les : en situation d'interprétation ou de traduction, on ne signe pas comme dans un échange informel. Le contexte impose ses contraintes — fidélité au sens et au registre, précision terminologique, gestion des termes techniques sans signe établi, cohérence au sein d'une équipe qui se relaie. Le vocabulaire employé au tribunal, à l'hôpital ou en réunion technique n'est pas toujours celui de la vie courante.

Cette diversité et ces contraintes ne sont pas des défauts à corriger : elles sont la matière même du métier. Mais elles sont mal outillées. Les personnes sourdes, les interprètes, les traducteur·rices et les enseignant·es qui veulent confronter leurs usages et leurs choix n'ont aujourd'hui aucun lieu commun pour le faire. Les dictionnaires existants tranchent — ils retiennent un signe, gomment les variantes, et figent une langue qui ne cesse de bouger.

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Décrire, pas prescrire

C'est la décision fondatrice du projet, et elle vient de la linguistique.

On distingue deux manières d'aborder une langue. L'approche normative dit comment il faudrait parler ou signer : elle pose une norme et range le reste en « fautes ». L'approche descriptive fait l'inverse : elle observe et documente comment on signe vraiment, sans hiérarchie. Collabils est entièrement descriptif.

Cette posture n'est pas une opinion : c'est le consensus des sciences du langage. Une langue n'est pas son dictionnaire ; elle est l'ensemble des usages de sa communauté. Et la LSF a ceci de particulier qu'elle n'a aucune académie, aucune instance qui décréterait la forme correcte — contrairement au français et à son Académie. Personne n'est donc fondé à élire « le » bon signe, parce que cette autorité n'existe pas. Elle est répartie, de façon diffuse, entre l'ensemble des signeur·ses.

Les linguistes décrivent d'ailleurs précisément cette variation, sur quatre axes que Collabils documente tels quels :

  • régionale — d'un territoire, d'un institut à l'autre ;
  • sociale et communautaire — selon les groupes, les milieux, les parcours ;
  • générationnelle — ce que signaient les anciens, ce que créent les plus jeunes ;
  • contextuelle — le registre selon qu'on est au tribunal, à l'hôpital ou entre amis.

Aucune variante n'est « fausse » parce qu'elle est régionale, rare ou récente. Elle est simplement située — par un lieu, une époque, un contexte — et ajoutée au recensement.

Concrètement, on distingue deux objets : un concept (un sens, par exemple « consentement ») et ses signes (les différentes manières de le signer). Plusieurs signes pour un même concept ne se contredisent pas : ce sont des variantes, chacune accompagnée de son lieu ou de son institution d'origine, de tags de contexte, et d'une vidéo.

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Un regard métalinguistique et traductologique

Recenser un vocabulaire professionnel ne consiste pas seulement à empiler des signes : il faut réfléchir sur les signes — d'où ils viennent, dans quel registre ils s'emploient, ce qu'ils traduisent exactement et avec quelles nuances. C'est un regard métalinguistique : la plateforme ne stocke pas que des vidéos, elle conserve aussi le contexte, l'origine, les tags d'usage, les notes et les discussions qui entourent chaque variante. C'est ce qui la rend utile à un·e professionnel·le qui doit choisir, en situation, le signe juste.

Ce regard est aussi traductologique, parce que l'interprétation et la traduction sont des actes de passage entre deux langues. Comment rendre en LSF un terme spécialisé qui n'a pas encore d'équivalent établi ? Néologisme, dactylologie, périphrase, emprunt : ce sont des choix de traduction, qui dépendent du public, du registre et du contexte. Les travaux de Sophie Pointurier sur l'interprétation en LSF ont précisément décrit ces tactiques que déploie l'interprète, et la charge cognitive qu'elles supposent en situation. Collabils rend visibles ces choix tels qu'ils se font sur le terrain, pour que les professionnel·les puissent les comparer et s'en saisir — sans en imposer aucun.

Un mot sur le vocabulaire de cette réflexion. La recherche parle parfois de « vide lexical » pour désigner le moment où l'interprète ne dispose pas d'un signe établi pour un terme. La formule est commode mais contestée, à juste titre, dans la communauté signante : elle peut laisser entendre que la langue serait « en manque » ou incomplète, ce qui est faux. Ce n'est pas la LSF qui est lacunaire — c'est qu'un terme de spécialité n'a pas, à un instant donné, d'équivalent lexicalisé, comme il en va dans toutes les langues qui créent sans cesse leur terminologie. Ce que ce moment révèle, ce n'est pas une pauvreté, mais la créativité des signeur·ses qui le comblent. Collabils existe justement pour rassembler ces réponses, afin que chaque interprète ne les réinvente pas seul·e à chaque fois.

C'est ici que se situe la légitimité du projet, et il faut être clair sur son périmètre. Collabils ne prétend pas faire autorité sur la LSF en général : cette autorité revient à la communauté qui la signe. Son objet, plus modeste et plus précis, est la pratique professionnelle de la traduction et de l'interprétation — un champ qui est celui des interprètes, des traducteur·rices (sourd·es comme entendant·es) et des enseignant·es, et sur lequel ils ont une expertise légitime.

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À qui appartient la LSF

À celles et ceux qui la signent — et, en premier lieu, à la communauté sourde, qui l'a portée, transmise et fait vivre, souvent contre vents et marées.

L'histoire impose ici de la prudence. En 1880, le congrès de Milan — réuni majoritairement par des éducateurs entendants — a banni la langue des signes de l'enseignement aux sourds pour près d'un siècle. À chaque fois que des institutions entendantes ont décidé à la place des sourds ce que devait être leur langue, le résultat fut une perte. Collabils est conçu pour rendre cette posture impossible : la plateforme ne décide rien sur la langue. Elle documente ce que la communauté signe, et met cette communauté au centre.

C'est pourquoi Collabils ne juge jamais la justesse d'un signe. Cette appréciation revient aux signeur·ses, et elle a un lieu dédié sur la plateforme : la discussion (voir plus bas).

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Comment ça marche

Le projet repose sur trois gestes simples, et une communauté.

  1. 1

    On consulte — librement, sans compte

    La recherche est entièrement ouverte. N'importe qui peut chercher un mot, parcourir ses variantes et regarder les vidéos, sans inscription. C'est l'usage le plus fréquent, et il restera toujours gratuit et ouvert.

  2. 2

    On contribue — avec un compte

    Proposer une variante (en la filmant) ou demander un mot manquant suppose un compte. Ce passage n'est pas un filtre de prestige : il sert à rendre les contributions traçables et à recueillir le consentement des personnes filmées. La légitimité d'un·e contributeur·rice ne se mesure pas à un diplôme mais à son lien réel avec la langue et la communauté — sourd·es signeur·ses, enseignant·es, interprètes, traducteur·rices, professionnel·les en contact avec la LSF au quotidien.

  3. 3

    On discute — entre membres

    Sous chaque signe, un espace de commentaires permet à la communauté de confirmer, situer, contextualiser ou contester une variante. C'est là, et non dans la validation, que se débat la langue. Un signe contesté ne disparaît pas : il reste en ligne, avec son débat visible. On documente le désaccord plutôt que de le trancher.

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Qui fait quoi

Quatre rôles, des droits croissants :

  • Visiteur

    Consulte tout, librement, sans compte. La majorité des usages.

  • Collaborateur·rice

    Membre inscrit, en lien avec la LSF : propose des variantes (vidéo), demande des signes manquants, participe aux discussions.

  • Validateur·rice

    Vérifie que la contribution est bien renseignée : formulaire complet, bonne catégorie, vidéo lisible, variante réellement attestée. Ce rôle est curatorial, pas linguistique : il ne juge pas si un signe est « bon » ou « correct », il s'assure que le recensement reste propre et exploitable. La justesse, elle, se discute en commentaires, à la vue de tous.

  • Admin

    Veille au bon fonctionnement de la plateforme et de la communauté.

Collabils souhaite que des référent·es sourd·es prennent part à la validation et à la gouvernance du projet : la plateforme a vocation à être tenue par la communauté qu'elle sert, pas seulement pour elle.

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Éthique & droit à l'image

Recenser une langue, c'est filmer des personnes. Le projet prend ce point au sérieux : chaque contribution vidéo est soumise au consentement explicite de son auteur·rice, et la preuve de ce consentement (qui, quand, quelle version des conditions) est conservée. N'importe qui peut par ailleurs signaler un contenu, notamment pour faire valoir son droit à l'image.

Détails dans les conditions d'utilisation et notre politique de données personnelles.

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Un projet sobre et ouvert

Collabils est porté par un interprète, sans financement extérieur, et se veut au service de la communauté sourde et des professionnel·les de la LSF — comptable devant elle, pas au-dessus d'elle. Le choix a été fait de s'appuyer sur des outils gratuits ou quasi-gratuits et de compresser les vidéos pour rester soutenable dans la durée. L'ambition n'est pas commerciale : c'est un commun, au service de celles et ceux qui font vivre la langue.

Envie d'en être ?

Que vous veniez simplement chercher un signe ou enrichir le recensement, la porte est ouverte.

Le projet — Collabils